LE PARRAIN

Guy Adjété Isidore Kouassigan

(1926–1981)

Le Parrain du LERCDA - Renaissance juridique africaine

« Une œuvre pionnière, un destin d’exception : comment servir l’homme, l’Afrique et le droit »
– ainsi le Centre Toulousain d’Histoire du Droit a-t-il résumé la vie et l’engagement de l’homme dont le nom est aujourd’hui associé au Laboratoire d’Études et de Recherches Critiques sur le Droit en Afrique (LERCDA – Guy Adjété Kouassigan).

Une trajectoire de vie marquée par l’engagement

Né le 12 septembre 1934 à Lomé, Guy Adjété Isidore Kouassigan poursuit ses études supérieures en France, à l’Université de Toulouse, entre 1955 et 1962. Docteur en droit en 1962, il retourne dans son pays natal, le Togo, où il entame une carrière d’avocat au barreau de Lomé. Ses prises de position politiques le contraignent rapidement à l’exil. Il poursuit alors sa carrière dans l’enseignement supérieur : d’abord à Cotonou (Bénin), ensuite à Dakar (Sénégal), puis à l’Institut d’études du développement de Genève (Suisse), où il enseigne jusqu’à sa mort, survenue le 24 mai 1981.

Un juriste engagé au service de l’Afrique

À la fois enseignant-chercheur, avocat et intellectuel engagé, Guy Adjété Kouassigan figure parmi les rares juristes africains de son époque à avoir mis leur science au service d’un renouveau du droit africain. Il développe une œuvre dense, traversant non seulement le droit, mais aussi l’histoire, la philosophie, l’anthropologie et la politique. Son fil conducteur : produire un savoir juridique véritablement africain, enraciné dans les réalités locales, mais tourné vers le monde.

Parmi ses ouvrages les plus marquants

5/5

Œuvres majeures et contributions scientifiques

Ses nombreuses contributions à des ouvrages collectifs, notamment dans l’Encyclopédie juridique de l’Afrique, portent sur les droits fonciers coutumiers, les hypothèques, et la propriété foncière en contexte africain. Kouassigan fut également le premier auteur africain à publier dans la prestigieuse Revue critique de droit international privé, avec un article remarqué : « Des conflits interpersonnels et internationaux de lois et de leurs incidences sur la forme du mariage en Afrique noire francophone. Réflexions à partir de l’expérience sénégalaise » (Rev. crit., 1978, p. 646 et s.)

Associer son nom au LERCDA, c’est faire vivre son message scientifique : un droit repensé à partir des réalités africaines, au service de l’homme et du continent.

Une pensée critique contre l’universalisme juridique dominant

L’œuvre de Kouassigan s’inscrit en faux contre l’universalisme juridique occidental dominant dans l’Afrique postcoloniale. Il s’attache à démontrer que les systèmes juridiques africains ne sauraient être de simples déclinaisons du droit importé, mais doivent au contraire s’ancrer dans les logiques propres aux sociétés africaines. À travers cette perspective, il s’impose comme l’un des pionniers de la déconstruction juridique sur le continent.

Héritage et postérité

Malgré une vie abrégée, son parcours et son œuvre constituent une source d’inspiration majeure pour toute une génération de juristes africains engagés dans la réinvention d’un droit africain décolonisé. Son engagement pour une épistémologie enracinée reste d’une brûlante actualité.

Le LERCDA-Guy Adjété Kouassigan : un héritage vivant

En hommage à cette figure intellectuelle hors pair, le LERCDA – Guy Adjété Kouassigan porte son nom et s’inscrit dans la continuité du chantier épistémologique qu’il a ouvert. À travers ses travaux, ses prises de position et son exemplarité intellectuelle, Kouassigan inspire les membres du laboratoire dans leur engagement contre l’épistémicide et pour la reconnaissance des savoirs juridiques africains.